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Sant Stomak

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L’amitié qui lie Juli Soler et Ferran Adrià à Antoni Miralda les a naturellement amenés à proposer à l’artiste de réaliser une œuvre pour animer la réserve du restaurant.

Le résultat a été cette installation artistique qui a transformé la réserve d’elBullirestaurante en un garde-manger-chapelle dédié à Sant Stomak, un hommage qui rappelle le lien entre cet espace et la cuisine mythique d’elBulli.

Sant Stomak

Le concept et la figure de Sant Stomak ont été créés en 2009 par FoodCultura pour célébrer la Journée mondiale de l’alimentation instaurée le 16 octobre par la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) en 1979 sur une base annuelle.

Cette célébration vise à participer au débat mondial sur l’alimentation et à analyser les contradictions qui l’entourent : la faim et l’obésité, la malnutrition et les aliments transformés, ou encore le tourisme et la diaspora, entre autres.

Les trois parties du garde-manger-chapelle

L’espace de réflexion, de préparation et d’accès : conçu comme un « passage » où les interventions Black & White WC et la Porte Cycle invitent à une réflexion et à un dialogue entre la symbolique de la couleur et le cycle intestinal.

L’espace du musée FoodCultura : formé par le garde-manger, la chambre froide, les vitrines et la cave, cet espace rituel où est exposée La Langue a été conçu en hommage à Juli Soler. Dans la veine de FoodCultura, ce concept renvoie à un réseau complexe de pratiques et de connaissances, de saveurs et de savoir-faire, de valeurs et de croyances, de techniques et de représentations.

Enfin, au bout de l’espace se trouve la chapelle Sant Stomak : au centre de l’abside semi-circulaire turquoise et magenta se trouve une armoire/reliquaire, réceptacle d’offrandes créé à partir de l’image d’un ex-voto napolitain en laiton conservé dans les archives du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée de Marseille. Cette icône rituelle est née de la nécessité de réfléchir à la culture et à l’offre alimentaires en utilisant le langage de la pratique artistique.
Esquema de distribució realitzat per Antoni Miralda (2020)

La partie sonore de Sant Stomak

Elle a été créée par Asim Singh Halwarvi et Oriol Marès avec la collaboration de Damien Bazin.

Le premier espace permet de pénétrer dans l’œuvre de Miralda et de la placer dans son contexte. On y entend principalement les bruits de Cala Montjoi. Ils permettent de comprendre elBulli, le rythme immuable, constant et infatigable de la culture méditerranéenne.

Le deuxième espace est le Caldo Gàstric, où La Langue rappelle l’importance du goût des aliments, ainsi que les souvenirs sonores liés au sens du goût et de la cuisine.

Le voyage musical atteint son apogée dans la chapelle avec des sons ancestraux qui évoquent l’idée de communauté, de rituel ; la musique enveloppe l’espace sacré artistique comme s’il s’agissait d’une prière.

Les vitrines du musée FoodCultura

Niveau 1. Frise de porrons et de calebasses
Onze porrons d’origine catalane séparés par neuf calebasses (Crescentia cujete) de Mauritanie. L’idée de la frise supérieure est de créer un dialogue entre les formes, les textures et les rituels de deux objets utilisés pour boire, transformer et conserver les aliments dans des contextes sociaux et culturels différents.
Niveau 2. Garde-manger en vidéo
Visualisation poétique et anthropologique des aliments symboliques du garde-manger-chapelle sur quatre écrans. La première vidéo représente une « ode au pot », dont les ingrédients proviennent de la nature, de l’industrie alimentaire ou sont tombés du ciel comme la manne. La deuxième montre quelques aliments de base (riz, pommes de terre, maïs, blé, haricots, etc.) liés à la survie, aux rituels et au cycle de la vie. La troisième est une allégorie du voyage, de la diversité et de l’iconographie populaire. Dans la dernière vidéo, les protagonistes sont les ingrédients dont l’histoire est liée au colonialisme, à l’économie et au plaisir.
Niveau 3. Plats, saveurs et langues
Quatorze plats exposés à l’Expo 2000 de Hanovre, un voyage dans un atlas du goût : Pékin, Buenos Aires, Delhi, La Havane, Istanbul, Marrakech, Mexico, Paris, Miami, Rio de Janeiro, Rome, Séoul, Sydney et Tokyo. Chaque plat est un portrait symbolique de chaque ville et est imprimé avec une langue, une carte et un distillat de données sur la FoodCultura urbaine.
Niveau 4. Les soupières du Musée Sentimental
Douze soupières contenant la mémoire du goût, de la diversité et du rituel. Dix d’entre elles provenant des archives de FoodCultura et deux d’elBullifoundation.
Niveau 5. Boissons énergétiques Friso
Une frise composée de soixante-quatre canettes des marques Cannabis, B52, Cocaine Cult et Superman, simulant un barrage d’obus comme image de la consommation, de la mondialisation et de la dépendance.
Niveau 6. Els caganers
Soixante figures* de l’artisanat populaire catalan, dont l’origine vient de la tradition de la crèche de Noël où l’on plaçait un paysan déféquant. La ligne des caganers relie à la porte du cycle et au terme digestion/évacuation, ainsi qu’à la diversité, au statut ou à la mythologie populaire. Les caganers sont alignés face à un long miroir au fond de la vitrine où l’on peut lire : « You are what you eat » et « You eat what you are » (« Vous êtes ce que vous mangez » et « Vous mangez ce que vous êtes »).

*La Ménine de Velásquez, Batman, Garde civil, Albert Einstein, Michael Jackson, Cosmonaute, Statue de la Liberté, Gargouille de Notre-Dame, Archevêque, Pablo Picasso, Panthère Rose, Fidel Castro, la Vénus de Milo, Barack Obama, Superman, Oussama Ben Laden, Anonyme, José María Aznar, Donald Trump, Princesse Leia, Prisonnier, Le Penseur de Rodin, Napoléon, un Bonhomme de neige, Obélix, Marge Simpson, Pénitent à capuche, Dalaï-Lama, Tintin, Michelin, Marianne, Gala et Dalí, Spiderman, Cook, @, Hello Kitty, Clown avec panier d’escargots, Bouddha, Ange, Musulman, Plongeur, Nain, Père Noël, le Pape, la Sévillane, l’Infirmière, l’Homme avec un téléphone portable, l’Enfant, le Fantôme, la Petite amie, Ferran Adrià, Gaudí, la Sorcière, le Démon, l’Aumônier avec une valise, l’Euro, la Dame noire, le Torero, l’Enfant Jésus, le Mosso d’esquadra.

La prière de Sant Stomak

Modèle d’équilibre métabolique,
de l’agrobiodiversité,
maître de la convivialité.
Soyez notre guide à travers la nourriture
et leurs nutriments,
faites-nous réfléchir aux contradictions
autour de l’alimentation dans la société contemporaine,
l’agro-culture dévorée par la consommation,
la nature artificielle et le diesel de la déforestation.
Protégez-nous de
l’insécurité alimentaire,
la fast food et l’obésité.
Apprenez-nous à respecter la mémoire,
par la connaissance et le goût.
Soyez notre ali-cament.
À propos de FoodCultura
FoodCultura est une organisation culturelle unique, interdisciplinaire à but non lucratif. Une structure ouverte ou une plateforme à partir de laquelle présenter et repenser le concept de FoodCultura, non seulement du point de vue de l’alimentation et de la nutrition, mais aussi du point de vue de la pratique artistique et de la recherche anthropologique.

Il s’agit d’un projet en cours initié par l’artiste catalan Antoni Miralda après la création du pavillon de l’alimentation pour l’Expo 2000 de Hanovre. Ce pavillon était dédié à la culture de l’alimentation, à ses liens avec la science, le rituel, la technologie, l’art et la tradition. En 2003, avec Miralda et le chef Montse Guillén comme représentants, FoodCultura est devenue une association et, en 2007, l’actuelle fondation privée FoodCultura.

Le concept de FoodCultura explore les questions relatives aux identités humaines, à leurs rituels universels, à leur relation avec la mémoire indigène, à leurs processus de métissage, à leurs stratégies de préservation et de cohésion, à leurs véhicules de transmission ou de subversion des traditions ou à leurs pratiques sociales contemporaines. En ce sens, l’alimentation est peut-être le premier et le plus essentiel des éléments de la cohésion communautaire, car elle reflète les facteurs de conditionnement sociaux, économiques et idéologiques et, en même temps, les requalifie.

FoodCultura est un espace dédié à la communication, à la recherche et à l’histoire globale de l’alimentation, des coutumes, des expériences culturelles et de l’art. Une initiative pour le développement d’un réseau international de collaboration et d’action qui relie les individus et les organisations pour réaliser des projets dans diverses communautés.